Voilà, le grand retour à la vie, la vraie vie !

Il y a maintenant 4 mois et 2 semaines, j’ai eu un accident de la route, un accident banal qui a finalement pris des proportions énormes dans ma vie, dans mon quotidien, dans ma vie personnelle, professionnelle et sportive.


A une semaine de défendre mon titre de championne de France 2014, j’ai donc eu cet accident de la route. Deux jours plus tard, je pensais que tout avait basculé, que j’avais déjà touché le fond, puisque : premièrement, je n’avais aucune chance de défendre mon titre (sachant que les championnats de France comptent pour lancer la saison 2015/2016 la saison de la course au JO), mais deuxièmement, je devais voir et entendre toutes les blagues ridicules que pouvaient faire les personnes que je croisais. Il est vrai qu’une personne avec un collier cervical et ne pouvant tourner la tête est effectivement, à se tordre de rire !

Bref, j’ai été soignée, j’ai été impatiente, j’ai été exécrable, insupportable, triste, contente quand ça allait mieux (mais ça ne durait jamais longtemps) etc. Je suis passée par toutes les phases, plutôt négatives que positives. J’ai d’ailleurs beaucoup de chance d’être bien entourée


Le sportif de haut niveau et le rapport à la douleur.

Nous, sportifs de haut niveau, sommes de vrais Masos. Oui, nous le sommes !!! Tous les jours on s’entraîne, avec des périodes où très clairement on se fait mal, physiquement et mentalement, mais par choix. On est souvent à la limite de ce que notre corps peut supporter mais on revient quand même le lendemain et le jour d’après.

Très sincèrement, on aime ça, tout comme on aime l’adversité et la difficulté. En réalité, ce n’est en rien du masochisme primaire reposant sur de quelconques raisons psychanalytiques, c’est surtout l’occasion de se dépasser, de donner le meilleur de nous. Si les compétitions étaient simples, faciles et sans enjeu, l’excitation ne serait pas la même, on ne se mettrait pas autant la tête à l’envers et on ne s’infligerait pas autant de souffrance. Oui, on parle bien de souffrance. Ce compagnon qui est toujours avec nous, en compétition, mais surtout aux entraînements. Il a toujours été là, on l’emmène partout avec nous. On a besoin de cette souffrance, peut-être pour se sentir plus vivant ou pour se rappeler que tous ces choix, que généralement les non-athlètes appellent sacrifices, ont mené à ce moment de bonheur la « Marseillaise », le dépassement de soi, l’abnégation, la première marche du podium ou la satisfaction quand on a tout donné, même quand on perd sur plus fort que soi !

Bref, cette souffrance physique et morale qu’on s’inflige, on l’aime, on vit avec, on l’embarque à nos côtés au quotidien mais aujourd’hui ma souffrance physique et même morale a un autre goût !

Ce n’est pas la souffrance que je côtoie depuis plus de vingt ans, celle qui en général, me permet de me transcender. Ces derniers mois, cette souffrance à laquelle, je cherchais par tous les moyens possibles, à échapper est liée à cet accident sur la voie publique.


S’abandonner.

L’histoire douloureuse commence vraiment en vacances.

Après mon arrêt de travail et un retour au boulot, je suis partie en vacances avec deux nouveaux amis : douleurs et collier cervical. Pas un moment, pas une seconde sans eux ! J’ai même failli être en bikini avec ce collier. C’est comme si ils m’avaient adoptée et que j’étais devenue leur meilleure amie !

Très clairement ces deux cons m’ont gâché la vie, ils ont pourri mes vacances et un peu celles des personnes qui étaient avec moi, car malgré tous ces médicaments, très forts que j’ingurgitais tous les jours, la douleur était présente, la souffrance même, était là, 24H/7J.

Au début je ne dormais pas, je n’avais pas faim, je ne savais pas quoi faire pour éviter qu’elle l’envahisseur trop. C’était arrivé à un stade où même les vibrations sonores étaient difficiles à supporter, la route en tant que passagère était insupportable, ne parlons même pas des transports. Les gestes banals du quotidien comme se coiffer, se brosser les dents, faire à manger étaient douloureux, c’était devenu un enfer ! Je ne pouvais plus rien faire, pas de cinéma, pas de musique, pas de transport, pas de sortie, pas de sport. Mon quotidien ne tournait plus qu’autour de ça. J’en devenais malade ! On m’avait volé ma vie. Petit à petit je disparaissais et c’était insupportable. J’avais des sensations étranges au niveau de la tête, des crampes au niveau du cou, mon corps bougeait quand il le voulait et comme il le voulait. C’était perturbant, parce que jusqu’ici nous avions toujours fait équipe. Ces sensations, personne ne les comprenait, ni ami, ni kiné, ni médecin. J’avais l’impression d’être seule au monde. Le pire est cette façon qu’a eu le médecin de me regarder quand je lui ai dit « J’ai l’impression que ça bouge dans ma tête. Comme la sensation d’une porte lourde, rouillée qui essaie de tourner. Mon cou se contractait et ma mâchoire se décalait toute seule vers la gauche, j’avais comme des pics derrière les yeux et en même temps comme la sensation que de l’eau s’écoulait de mon oreille gauche, etc. ». Je savais que tous ces ressentis paraissaient étranges, puisqu’ils me perturbaient moi-même. Fatiguée d’être jugée je n’en parlais plus, mais les douleurs étaient présentes et les symptômes de plus en plus importants. Malgré le soutien de mes proches, je me sentais seule, incomprise…profondément perdue ! Et un soir, en pleine nuit…le malaise !

— Je ne le décrirai pas, ce n’est pas le sujet. —


La détresse psychologique.

Les choses n’évoluant pas, je décide de faire appel à un neurologue, réputé ; pour moi, il était mon dernier atout.

Il m’avait laissé parlé pendant 10′, m’avait auscultée et là,! il comprenait ce que je disais. Il me posait même des questions sur des signes que j’avais perçus mais laissés de côté pour ne pas être jugée à nouveau. J’en étais arrivée à ce stade.

C’était comme un soulagement quand il me parla d’un de ses patients qui avait la sensation d’eau qui s’écoulait de son oreille. « Pardon ?  C’est exactement ça !! » Coool, je n’étais pas seule au monde.

Un petit moment de bonheur qui est vite retombé quand il m’annonce son plan d’actions. J’avais les larmes aux yeux, à l’idée de souffrir à nouveau. Je ne voyais plus le bout, je ne me sortais plus de cet enfer, ma vie ne tournait plus qu’autour de cet accident.

J’ai quand même suivi son plan.

J’ai repris le chemin de l’Insep pour y faire quelques exercices et là les réflexions du quotidien étaient : « C’est dans ta tête », « ben, ce n’était pas juste un coup du lapin ? », « C’est long ! Comment est-ce possible ? » AAAAAaaaaaaaahhh ! Un moment donné, je n’avais même plus envie de sortir, plus envie de croiser qui que ce soit. J’en avais marre, d’autant plus que toutes ces personnes ne savaient pas ce que je vivais vraiment, se permettaient de porter un jugement et surtout m’enfonçaient à chaque fois qu’elles ouvraient la bouche.


Et le travail ?

C’était déjà pas facile de supporter la douleur, pas facile de voir ses partenaires s’entrainer, partir en compétition ou de ne pouvoir dormir correctement, en plus je ne pouvais pas travailler. Plus ça allait et plus je me refermais sur moi-même. Je ne sortais quasi plus, je ne lisais plus mes mails, je ne twittait plus (accro à twitter), bref,…je m’enfonçais, je disparaissais petit à petit. C’était comme si, on m’avait volé ma vie et pire, qu’après avoir lutté j’avais abandonné. Mon Dieu, abandonner ???!!!! Quelle horrible sensation !!

Je me sentais toujours mal à l’aise quand je devais envoyer un arrêt de travail ; c’était frustrant d’être enfermée chez soi. Je me sentais inutile et en plus, rester se reposer (faire que 20′ de sport quand tout allait « bien » et voir le médecin) sans rien faire était culpabilisant. Je ne savais jamais quand j’allais reprendre le chemin du boulot. J’étais vraiment perdue ! Heureusement, mes collègues sont top, mes chefs aussi.

Les jours se suivent mais ne ressemblent pas.

Aujourd’hui, j’ai repris le boulot l’instant de quelques jours avant…d’être encore arrêtée.


Le rebond.

Ma vie a été tournée vers l’escrime pendant des années. C’est un grand soulagement pour moi d’avoir finalement la chance de ne pas finir ma carrière sportive de la sorte.

Je sors de cet état post-commotionnel. J’ai souvent mal, mais plus en continu, les douleurs sont supportables mais elles sont là. Je les sens, je les vois sur mon visage par moments.

Je sais que pendant quelques mois j’aurais encore des symptômes mais un choix s’offre à moi : tenter la qualif olympique en ayant mal ou la laisser filer ?

Oui, les sélections ont déjà commencé, la saison est bien entamée, j’ai 4 mois de retard sur mes concurrentes, oui, ET ALORS ???

Je ne suis plus en danger, je fais donc le choix de souffrir encore un peu pour avancer et revenir à une vie sociale, professionnelle et sportive un peu plus normale. De toute façon cette douleur est amenée à disparaître et disparaîtra définitivement, un jour !

Si je ne tente pas ma chance aujourd’hui, j’aurai beaucoup de regrets et pour ma dernière saison sportive, ma dernière olympiade, je ne peux pas me permettre de partir avec autant de questions !


Des situations de vie vous permettent de prendre conscience de choses simples !

Depuis, cette expérience, je ne suis plus la même, mon quotidien n’est plus le même et mes objectifs ont un peu changé sauf celui de Rio.

Maintenant il faut que je me pose et que je fasse les bons choix pour arriver à mes fins. Tout est là, faire les bons choix. Ça se joue là, ces prochains jours, prochaines semaines et j’ai les crocs !!!

Je veux je veux je veux, alors je m’en donne les moyens !!!!

Même si je ne suis pas totalement consolidée, je souris un peu aujourd’hui ! J’entrevois le bout du tunnel !!!!!!

4 mois, 2 semaines, un jour….et un sourire, en tout cas, le moment de se réveiller !!

work for it

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Publié par Sarah

Je suis escrimeuse en équipe de France depuis plus de 20 ans. Médaillée olympique, je partage ma vision sur le sport, son économie, sa digitalisation, sa politique, etc. Je suis aussi une digital native, passionnée par l'innovation et l'High Tech.

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